De notre envoyée spéciale au Sénégal Frédérique Féron
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Ils font partie des derniers tirailleurs originaires de différents pays africains mais appelés communément «sénégalais». L’administration les obligeait à passer six mois par an en France. Ils en sont désormais dispensés. Un signe de reconnaissance pour ces héros de la République que nous avons suivis en Afrique.
Trente-cinq degrés à l’ombre d’un manguier et « le vieux Yoro » n’a toujours pas quitté son costume cravate rayé. Il ne veut pas s’asseoir, il n’est pas fatigué, en tout cas il ne le montre pas. Yoro Diao a l’air frêle avec sa canne et son veston trop large, mais, à 95 ans, il reste digne et résistant. À peine le pied posé sur sa terre de Passi, petit village au cœur des lagunes du Sine Saloum, en direction de la Gambie, qu’une nuée de gamins s’agglutine près de leur aïeul comme des papillons autour de la lumière.
Après dix-sept ans d’allers-retours entre une studette de Seine-Saint-Denis et sa demeure sénégalaise, le patriarche a posé définitivement ses valises. Début janvier, les trente-sept anciens tirailleurs sénégalais vivant en France ont remporté une ultime victoire : le droit de percevoir l’allocation de solidarité aux personnes âgées sans être obligés de passer six mois dans l’Hexagone.
La Machine. Mémoire, pillier de la cohésion. En juin 1940, une colonne de prisonniers français des Allemands partait de La Machine vers Clamecy afin d’être transférée en Allemagne.
Parmi eux, trois soldats tirailleurs sénégalais étaient extraits des rangs par leurs geôliers. Sans pitié, sans motif, arbitrairement, ils furent abattus sommairement dans le bois au sortir du bourg en direction d’Anlezy. Ils étaient noirs de peau !
Pour se souvenir, une imposante cérémonie était organisée samedi, en présence des plus hautes autorités civiles et militaires. Christian Lacroix, président des anciens et amis du 22 e Régiment de marine, tenait à cette commémoration, eu égard à ses attaches familiales.
Frédérique Darque, principale du collège, accompagnée des professeurs de lettres Yoann Clayeux et Lucie Bonnereau, et leurs élèves, représentaient la volonté vivante du respect de la mémoire et de la transmission. « Ce monument est la sentinelle de la mémoire. Le racisme tue, hier et aujourd’hui. Respect, humanité, fraternité, souvenir, sont les piliers de notre cohésion nationale », déclarait le préfet, Daniel Barnier.
Une Marseillaise chantée avec ferveur a clôturé de façon républicaine cette belle cérémonie. Puis les autorités, porte-drapeaux, représentants des associations des anciens combattants se sont retrouvés à la mairie pour le verre de l’amitié offert par le maire, Daniel Barbier, et ses adjoints présents.
Dans un livre, il rend hommage aux tirailleurs sénégalais qui ont défendu Les Ponts-de-Cé
À la veille de la commémoration de l’appel du 18 juin, Pierre Davy publie un livre consacré à la période de mai et juin 1940, aux Ponts-de-Cé (Maine-et-Loire). Il offre un travail de mémoire qui invite à valoriser la résistance des tirailleurs sénégalais, lors des combats des 19 et 20 juin 1940.
Ouest-France
Modifié le 16/06/2023 à 11h00
Publié le 16/06/2023 à 05h05
Après avoir présenté une recherche sur une enfant juive oubliée sur le monument aux morts, Pierre Davy dédicacera son nouveau livre « Exode et résistance ». | OUEST-FRANCE
« Tout ce qui est écrit dans ce livre est prouvé par des notes en bas de page. Rien n’est avancé sans preuve », insiste Pierre Davy.
Il y a plus de trente ans, l’historien local a trouvé, dans les archives de la mairie, des livrets militaires et des plaques d’identité de tirailleurs sénégalais restés dans l’anonymat. Interpellé par cet épisode de l’histoire, Pierre Davy a toujours gardé le souhait de rétablir ce qu’il considère être « une injustice ».
Une allée va leur rendre hommage
Les tirailleurs sénégalais sont le terme générique correspondant à l’ancienne colonie du Soudan. Ses recherches ont révélé qu’ils...
sa biographie politique par l’historien David Murphy
L’autre Senghor, le militant anticolonialiste noir des années 1920 Lamine Senghor
publié le 14 juin 2023
Contenu
Le Sénégalais Lamine Senghor (1889-1927) est, durant les années 1920, le plus important des militants noirs anticolonialistes en France. Ancien combattant tirailleur sénégalais de la Première guerre mondiale, membre de l’Union Intercoloniale (UIC) créée par le PCF en 1921, interdit de séjour dans sa colonie d’origine, remarquable orateur et organisateur, il est mort très jeune à Fréjus. Ses écrits ont été rassemblés dans La Violation d’un pays par les éditions L’Harmattan (2012). Nous publions la notice que lui consacre l’Encyclopédie de la colonisation française, sous la direction d’Alain Ruscio, dans un volume à paraître, ainsi qu’un lien vers le second épisode de la série documentaire d’Arte, Décolonisations, dans laquelle il est l’un des principaux personnages.
L’action anticolonialiste de Lamine Senghor
Par David Murphy. A paraître dans Alain Ruscio (dir.), Encyclopédie de la colonisation française (Les Indes Savantes).
Addi Bâ : un itinéraire singulier dans la résistance
Est en cours de parution un petit livre :
Addi Bâ : un itinéraire singulier dans la résistance
Ce livre est édité par l'Association du Château Vert (pour la promotion du patrimoine naturel, culturel et historique des Marches de la Lorraine), basé à Tollaincourt dans les Vosges, et présidée par Etienne Guillermond.
Avec « Les Dieux de la brousse ne sont pas invulnérables », son troisième roman, l’écrivain Ibrahima Hane ouvre une trilogie historique sur les militaires sénégalais entre la fin du XIXe siècle et l’indépendance. Il a obtenu pour ce livre une mention spéciale du prix Orange du livre en Afrique.
Haute stature, élégance rare, lunettes de soleil, Ibrahima Hane est un jeune auteur sénégalais à suivre de près. À l’âge de 76 ans, il vient d’obtenir une mention spéciale du jury du prix Orange du livre en Afrique (Pola) pour son troisième roman, Les Dieux de la brousse ne sont pas invulnérables, titre qui renvoie à une citation de l’écrivain malien Amadou Hampâté Ba.
Jeune auteur alors qu’il est né le 4 juillet 1947 à Dakar ? On peut le dire ainsi puisque son premier roman publié date de 2016 (Errance, United Press) et son deuxième de 2020 (L’Écume du temps, L’Harmattan Sénégal). Longtemps, l’homme fut banquier. Après des études de droit à l’Université Cheikh-Anta-Diop de Dakar, il travailla ainsi pour le Crédit lyonnais et l’Union des banques suisses. Ce n’est que parvenu à l’âge de la retraite qu’il décida de se consacrer, enfin, pleinement à l’écriture.
Une retraite en écriture
Il serait néanmoins naïf de croire que ses années de vie active l’ont empêché de batailler avec phrases et mots. En réalité, même s’il ne publiait pas, Ibrahima Hane n’a jamais cessé d’écrire. « J’ai commencé très tôt, au collège des pères maristes, confie-t-il. J’ai notamment participé au journal de l’école, puis j’ai continué et, surtout, je me suis beaucoup intéressé à la littérature. J’ai eu une nouvelle primée par RFI en 1994, mais je n’avais pas le temps d’écrire vraiment. Je n’ai pu rédiger mon premier roman qu’à l’heure de la retraite. »
Si son deuxième texte publié, L’Écume du temps, avait une dimension autobiographique et se déroulait à l’époque contemporaine, Les Dieux de la brousse ne sont pas invulnérables inaugure un cycle historique extrêmement ambitieux sur l’époque coloniale et les deux guerres mondiales.
« Mon grand-père était un rescapé du Chemins des Dames, où il a perdu ses sept frères de même mère et de même père, raconte Ibrahima Hane. Lui seul est revenu, transformé, aphone, silencieux. Je suppose que le choc qu’il avait vécu l’empêchait de parler. Quand on touchait au sujet de la guerre, il ne l’évoquait qu’avec des généralités. J’étais très attaché à mon grand-père. Il lui arrivait parfois de s’exposer, et je pouvais alors recueillir quelques bribes. Je sais qu’il était passé au fort de Douaumont, occupé pendant huit mois par les Allemands. En revenant, de la guerre il a rapporté, en 1918, une malle contenant ses affaires. À l’intérieur, il y avait la revue des Tirailleurs, des souvenirs, des balles, des cartouches. À sa mort, j’ai hérité de tout cela ; personne n’en voulait. »
À la croisée des XIXe et XXe siècles
En vérité, Ibrahima Hane a hérité de bien plus qu’une malle : il a reçu le goût de l’Histoire. Et c’est avec un remarquable talent de conteur qu’il nous entraîne au Tchad à la fin du XIXe siècle, nous invite dans le Dakar colonial et nous transporte jusqu’en Rhénanie (Allemagne), après la capitulation allemande. La première phrase des Dieux de la brousse ne sont pas invulnérables donne le ton d’une vaste saga d’amour et de mort : « Le mirador était dressé à l’abri d’un rideau d’arbres, non loin du cadavre de bœuf à moitié dévoré. »
LES INFORMATIONS HISTORIQUES ET LES DATES SONT TOUTES VÉRIFIÉES, MAIS LES FAITS, JE LES TRANSFORME UN PEU. J’AVAIS ENVIE D’OFFRIR AU LECTEUR UN PEU D’AGRÉMENT AVEC LA FICTION
Des cadavres, il y en aura beaucoup dans les 428 pages de ce premier tome où l’on suit les parcours de nombreux personnages – plus d’une quarantaine tout de même ! – et en particulier ceux de Mamadel Ba (« Maréchal des logis, spahi sénégalais, garde personnel du gouverneur et interprète ») et de son fils, lui aussi militaire, Amadou Ba. À travers la vie de ces deux hommes d’une grande rigueur morale et d’une subtile intelligence, Ibrahima Hane nous raconte les affres de la fin d’un siècle et les horreurs qui accompagnent la naissance du suivant.
Le livre commence en effet avec l’histoire terrible de la mission Voulet-Chanoine entamée en janvier 1899. Au cours de cette campagne militaire de triste mémoire, les commandants français semèrent la désolation tout au long de leur périple en massacrant les populations qui ne voulaient pas leur fournir hommes, femmes ou nourriture, voire en exécutant sans raison particulière ceux qui se trouvaient simplement sur leur passage – jusqu’à ce que les deux commandants soient abattus par leurs propres troupes mutinées.
« Dans ce roman, j’ai voulu parler des tirailleurs sénégalais, mais j’ai aussi raconté la vie de Français de l’époque et j’ai découvert des choses horribles, comme la folie de la mission Voulet-Chanoine, qui devait faire la “jonction de l’Afrique”. Comme elle manquait de moyens, les militaires ont accaparé les ressources trouvées en chemin et ont exploité les populations en commettant au passage des crimes », explique Ibrahima Hane, qui s’est documenté sur Internet et qui a pu, par ailleurs, compulser d’anciennes archives militaires.
La légende de Blaise Diagne égratignée
Revenu vivant de cette campagne, Mamadel Ba va un temps vivre à Dakar où il entretient une relation de respect avec le gouverneur paternaliste William Merlaud-Ponty (1866-1915), et lui sert de messager quand il souhaite retrouver son épouse sénégalaise Madjiguene Paye… Avec une remarquable virtuosité et un sens aiguë du détail, Hane croise les vies de personnages réels et imaginaires. Aucun d’eux n’est monochrome, aucun n’est caricatural : tous sont vivants, pétris de contradictions. « Les informations historiques et les dates sont toutes vérifiées, mais les faits, je les transforme un peu, confie l’auteur. C’est une forme de pédagogie pour le lecteur, j’avais envie de lui offrir un peu d’agrément avec la fiction. »
L’ESSENTIEL DE MON PROPOS, C’EST LA CONDITION DES MILITAIRES SÉNÉGALAIS, EMBARQUÉS DANS DES GUERRES QUI N’ÉTAIENT PAS LES LEURS. JE RÈGLE MES COMPTES AVEC UN TEMPS, UNE SITUATION
Il y a donc, on l’aura compris, dans cette histoire de bruits et de fureur, des moments d’amour, d’amitié, de trahison, de fidélité… Et certains personnages réels en prennent pour leur grade. C’est le cas de Blaise Diagne, premier député de l’Afrique noire dont Ibrahima Hane égratigne la légende en le montrant sous un jour bien peu favorable. Plus intéressé par sa carrière que par la liberté de ses concitoyens sénégalais, il apparaît comme un ambitieux manipulé par les Français.
Ainsi William Merlaud-Ponty rappelle-t-il à Blaise Diagne : « Quelle que soit la couleur de votre peau, vous êtes un citoyen français aux yeux de la loi ! Le Sénégal est une colonie française qui a le même statut qu’une région de France. Vous n’êtes donc ni plus ni moins qu’un citoyen français élu député dans une contrée de notre patrie. » Et plus loin, il précise à l’administrateur colonial François Joseph Clozel (1860-1918) : « C’est un message destiné à tous ceux qui rêvent d’indépendance. Blaise Diagne sera leur rêve brisé. C’est un citoyen qui oeuvrera uniquement pour la mère patrie : la France. »
Une histoire portée depuis l’enfance
Naviguant dans les milieux diplomatiques et militaires avec autant d’aise qu’il décrit la vie quotidienne des Sénégalais les plus pauvres, Ibrahima Hane conduit son récit à travers les grands événements historiques et l’achève après la Première Guerre mondiale, quand nombre de tirailleurs sénégalais furent envoyés en Rhénanie, où ils subirent un violent racisme. « L’essentiel de mon propos, c’est la condition des militaires sénégalais, embarqués dans des guerres qui n’étaient pas les leurs, avec des armes qu’ils ne savaient pas manipuler, dit-il. Je règle mes comptes avec un temps, une situation. »
Les Dieux de la brousse ne sont pas invulnérables n’est que le premier tome d’une trilogie intitulée Le Monde en gésine. Le second tome, L’Embrasement, est déjà achevé et se déroule entre 1938 et 1945 – sans évoquer le terrible massacre de Thiaroye. Le dernier tome aura pour titre Après le silence des canons… « Cette histoire, je la porte depuis l’enfance, je l’avais dans les tripes, répète Ibrahima Hane. Je voulais la recracher, mais pas sous une forme historique, qui m’aurait bridé. » Nul doute qu’en la lisant, nombreux sont ceux qui découvriront des pans méconnus de l’histoire du Sénégal, et de celle de la France.
À Beauchamps, une nouvelle stèle pour poursuivre l’hommage aux tirailleurs sénégalais
Une cérémonie s’est tenue au cimetière du village, ce dimanche 4 juin 2023, afin de révéler la nouvelle stèle rendant hommage aux tirailleurs sénégalais de la Seconde Guerre mondiale. Deux d’entre eux ont été exécutés dans le bourg en juin 1940.
Dans sa petite ville sénégalaise, le tirailleur Yoro Diao savoure son
retour
L’un des derniers soldats du corps
d’armée coloniale a obtenu de Paris de pouvoir vivre au Sénégal à plein temps
sans perdre sa pension d’ancien combattant obtenue de longue lutte.
Le Monde avec AFP
Publié
le 29 mai 2023 à 12h49
L’ancien tirailleur sénégalais Yoro Diao, 95 ans, le 17 mai 2023 à Kaoloack. CARMEN ABD ALI / AFP
Élégamment vêtu d’un caftan blanc
immaculé, un bonnet carré assorti sur la tête, le tirailleur Yoro Diao,
95 ans, pose tout sourire près de son arrière-petit-fils dont il vient
d’officier le baptême musulman dans la petite ville sénégalaise de Passy. « C’est
une joie immense. J’aurais jamais pensé être présent ici, à cet âge-là, près de
tous mes petits-enfants », jubile-t-il, les yeux pétillants.
Est-ce son optimisme qui lui donne
cette énergie ? Presque un siècle de vie, et le voici qui gambade, d’une
pièce à l’autre, volubile et radieux, intarissable. Ancien soldat de l’armée
française en Indochine et en Algérie, Yoro Diao est rentré définitivement au
Sénégal le 28 avril, grâce à une mesure dérogatoire de Paris qui lui
permet, avec quelques-uns de ses pairs, de vivre en permanence dans son pays
d’origine, sans perdre son allocation minimum vieillesse de 950 euros par
mois.
« Merci à la France du fond du
cœur », dit-il, pas rancunier contre l’ancienne puissance
coloniale pour qui il a pris tous les risques et qui, volontiers accusée de
manquer de reconnaissance envers ces soldats africains, lui a donné la
possibilité du retour au soir de sa vie. « Quand vous rentrez chez
vous, que vous avez vos enfants, vos petits enfants, que veut le
peuple ? », rayonne-t-il, entouré de sa descendance nombreuse,
qui le traite comme un modèle, et dont il assure en partie la subsistance.
Yoro Diao, 95 ans, ancien le tirailleur sénégalais pose près de son arrière-petit-fils dont il vient d’officier le baptême musulman dans la petite ville sénégalaise de Passy (Sine Saloum), le 28 avril 2023. CARMEN ABD ALI / AFP
« Un
exemple »
Sa famille est réunie ce jour-là pour
célébrer la naissance de Mohamed, né deux jours après le retour de Yoro Diao.
Dans la cour principale, les femmes, enveloppées de tuniques en wax aux
couleurs vives, coupent les légumes et préparent le riz, protégées du soleil
par une bâche. Le mouton, immolé pour l’occasion, mijote dans de grandes
marmites chauffées au bois.
La vie se concentre dans l’enceinte du
domicile. A l’extérieur, tout est désert. La température avoisine 40° C.
De temps à autre, une charrette passe dans la rue attenante à la maison, que le
maire a décidé de rebaptiser au nom de Yoro Diao. « Cet ancien
tirailleur est un exemple pour nous. Nous sommes très contents de son
retour », confie Khalifa Ababacar Samb, 30 ans, venu faire une
course chez le boutiquier d’en face.
Passy est une petite ville du Sine
Saloum, non loin de la frontière gambienne, qui vit principalement de
l’agriculture et de l’élevage. C’est là que M. Diao a décidé d’élire domicile,
loin de son foyer de Bondy, en région parisienne, où il vivait dans un studio
de 15 mètres carrés.
Depuis qu’il est rentré, entre les
célébrations et hommages, M. Diao dit se reposer, se promener, faire « des
bains de lézard » au soleil. Parfois, il va jusqu’à ses champs de riz
et de maïs. Assis sur une chaise, il raconte longuement son parcours, sa fierté
d’avoir rejoint l’un des meilleurs régiments des tirailleurs sénégalais, ses
souvenirs en tant que soignant en Indochine et en Algérie dans les années 1950,
l’esprit de camaraderie qui y régnait entre Français et Africains.
Yoro Diao avec ses photos d’archive, le 18 avril 2023 dans son appartement de Bondy (Seine-Saint-Denis) avant son retour définitif, dix jours plus tard, dans sa ville natale de Passy, dans le Siné Saloum, au Sénégal. GEOFFROY VAN DER HASSELT / AFP
S’il a un profond respect pour la
France, son armée et ses valeurs, il regrette les épreuves que lui et les
autres tirailleurs ont affrontées pour obtenir les mêmes droits que leurs
homologues français. « Pour toucher nos droits, on nous demandait des
certificats qu’il était impossible à avoir. Et les Français le savaient
bien », dit-il.
« Mieux
vaut tard que jamais »
La France n’a levé qu’en 2006 les
mesures de gel qui bloquaient les pensions des anciens combattants coloniaux,
contrairement à celles des anciens combattants français qui étaient
revalorisées. Ils ont obtenu la nationalité française en 2017.
Début 2023, après la sortie du film Tirailleurs,
le gouvernement français a annoncé la mesure qui leur permet de toucher leur
allocation en vivant dans leur pays d’origine. Après le retour de neuf d’entre
eux fin avril, il reste encore en France 28 tirailleurs, tous d’origine
sénégalaise, dont plusieurs sont susceptibles de bientôt rentrer
définitivement.
Ces
victoires vers l’égalité, les anciens combattants africains les doivent en
grande partie à Aïssata Seck, 43 ans, petite-fille d’un tirailleur et
présidente de l’Association pour la mémoire et l’histoire des tirailleurs sénégalais,
« choquée » par leurs conditions de vie et les expériences
souvent « humiliantes » dans leurs démarches. « Mieux
vaut tard que jamais », déclare Samba Diao, fils aîné de Yoro, qui se
dit « émerveillé » de voir revenir son père et rêve que les
familles des tirailleurs obtiennent aussi la nationalité française.
Assis
au milieu des siens, Yoro Diao savoure l’instant. Les griots – caste de
musiciens et poètes ambulants en Afrique de l’Ouest – tournent autour de lui et
chantent ses louanges. Le festin peut commencer.