Sunday, June 30, 2024

 


Un roman, Diên Biên Phù, de Marc Alexandre Oho Bambe.

Paris , Sabine Wespieser Éditeur, 2018.

Je voudrais dans ce billet, présenter un roman, qui concerne l’histoire des tirailleurs sénégalais. Intitulé Diên Biên Phù, cet ouvrage est paru en 2018, mais ce n’est que récemment que je l’ai découvert, au hasard des lectures dans une médiathèque :  en mai 2024, il était placé en évidence,  au moment de l’anniversaire de la bataille de Diên Biên Phù qui marqua la défaite de l’armée française dans la guerre d’Indochine. Son auteur est un poète, slameur et écrivain franco-camerounais, Marc Alexandre Oho Bambe. Cet artiste se produit sur scène sous le nom de Capitaine Alexandre, en hommage à René Char, poète et résistant, dont le nom au maquis était capitaine Alexandre.

C’est un très beau roman, au cœur duquel se trouvent l’amour, celui d’Alexandre et Maï Lan, une jeune vietnamienne, et l’amitié qui lie Alexandre et un soldat sénégalais, Alassane Diop.

Ce livre doit figurer dans notre blog, parce qu’un de ses personnages est un tirailleur sénégalais, engagé dans les combats de la guerre d’Indochine, guerre coloniale pour conserver la souveraineté française sur cette région, contre les combattants du Viêt Minh. Il est très rare que la participation des soldats coloniaux africains et maghrébins soit  évoquée aujourd’hui. Or, à partir de 1947 leur nombre fut élevé. Certes en 1945, comme l’écrit l’historien Anthony Guyon[1], le général de Gaulle avait « choisi d’écarter les tirailleurs sénégalais [du corps expéditionnaire envoyé en Indochine], en raison des troubles entourant les unités africaines et parce qu’il craint de renforcer l’hostilité des populations autochtones (….) mais, une fois de plus, le manque de soldats érige les tirailleurs en un recours indispensable. »

Il est significatif que ce soit  une œuvre littéraire qui aborde ce sujet, cette histoire complexe des guerres coloniales menées par la France et où furent engagés les tirailleurs sénégalais.

La figure de ce personnage, tirailleur sénégalais de l’armée française est une figure positive, une belle personne pourrait-on dire. Alassane Diop, tel est son nom, est l’ami du narrateur, Alexandre, un jeune soldat français. Le roman est bâti sur le retour au Viêt Nam d’Alexandre, vingt après la défaite française ; dans le texte, alternent le présent, le temps de ce retour, et le passé au temps de la bataille de Diên Biên Phù.

Alassane a sauvé la vie d’Alexandre lors des combats à Hanoï. « Je lui devais la vie. (…) Nous étions égaux. Devant la souffrance et la mort[2]. »  La rencontre et l’amitié avec Alassane est cruciale pour Alexandre qui vingt après, dit : « Je dois à Diop l’homme que je suis devenu[3] ». Le tirailleur sénégalais écrit à son ami, après la fin de la guerre et après son propre retour au Sénégal : « Alex, tu es mon frère, et notre fraternité est une fraternité d’âmes, pas celle promise par la République qui nous envoya dans cet enfer et qui massacra ici aussi, à Thiaroye, son honneur et d’autres de nos frères[4]. » L’honneur est une valeur essentielle pour Alassane, qui durant la guerre, ne cessait de dire à son ami : « L’honneur, le sens de l’honneur ! » Il s’attache à « essayer d’être un meilleur homme chaque jour, pas par rapport aux autres, mais en mon âme et conscience[5] ». Le personnage de cet Alassane Diop créé par l’auteur est le cousin du grand intellectuel Alioune Diop, fondateur durant les années 1950 de la librairie Présence Africaine à Paris. Il est engagé contre le colonialisme.

Un livre à découvrir, pour celles et ceux qui ne le connaissent pas encore.

Françoise Croset, juin 2024.

 

Pour en savoir plus:

  • https://www.lemonde.fr/afrique/article/2018/05/31/marc-alexandre-oho-bambe-un-premier-roman-ecrit-a-fleur-de-mots_5307561_3212.ht
  • https://www.radiofrance.fr/francemusique/podcasts/la-quatre-saisons-n-est-pas-qu-une-pizza « Poète slameur et romancier, Marc Alexandre Oho Bambe dit Capitaine Alexandre sème des notes et des mots, de résistance et de paix, de mémoire et d’espoir. Il a publié huit livres : ADN (2009), Le Chant des possibles(2014), Résidents de la République (2016), Diên Biên Phù (2018), Ci-gît mon cœur (2018), Fragments (2019), Les lumières d’Oujda (2020), Nobles de cœur (2022). Membre fondateur du Collectif On A Slamé Sur La Lune, Capitaine Alexandre est également chroniqueur (Africultures, Mediapart, Le Nouveau Magazine Littéraire) et intervenant en milieu scolaire et universitaire où il propage auprès des jeunes le respect et le sens, l’essence de la vie curieuse de l’Autre et de l’existence libre, affranchie des dogmes et des extrêmes. Marc Alexandre Oho Bambe a été fait Chevalier de l’Ordre National du Mérite par décret présidentiel du 2 mai 2017 et Maître ès Jeux de l’Académie des Jeux Floraux le 3 mai 2022. »
  • https://www.rfi.fr/fr/podcasts/20200905-marc-alexandre-oho-bambe-les-pas-fondament « L’homme est aussi slameur, membre fondateur du collectif « On a slamé sur la Lune  ». Sur scène, il déclame ses propres textes sous son pseudonyme de « Capitaine Alexandre », nom emprunté au poète français René Char dont c’était le nom de guerre pendant l’Occupation. S’inscrivant résolument dans les pas de Césaire, de Char, mais aussi du Haïtien Frankétienne, ses « maîtres espérances » comme il aime les appeler, Oho Bambe s’est imposé sur la scène littéraire comme une voix originale, poétique, grave… une voix qui compte parmi la génération montante des lettres africaines francophones.

Lauréat du prix Paul Verlaine de l’Académie française 2015, l’auteur du Chant des possibles est aussi romancier. Après Diên Biên Phu, un premier roman bouleversant de lyrisme élégiaque sur la décolonisation paru en 2018 ».


[1]Anthony Guyon, Les tirailleurs sénégalais- de l’indigène au soldat, de 1857 à nos jours, éd. Perrin, 2022, p 281.

[2]P 31.

[3]P 192

[4]P 137-138.

[5]P 42.


Friday, May 24, 2024

Un an après leur retour au Sénégal : la mémoire des tirailleurs


Cela fait un an que les derniers tirailleurs encore en vie sont rentrés définitivement au Sénégal. Ces soldats appartenant aux corps militaires coloniaux ont combattu pour la France pour les deux guerres mondiales mais également durant des conflits post coloniaux. Ceux qui sont encore en vie étaient obligés avant l’année dernière de passer au moins 6 mois en France pour toucher leur minimum vieillesse, une pension qu’ils peuvent désormais gagner en vivant intégralement dans leur pays d’origine.

La video :

Un an après leur retour au Sénégal : la mémoire des tirailleurs | Watch (msn.com)

Vestige de la Première Guerre Mondiale : l’Allemagne restitue des archives sonores d’anciens Tirailleurs Sénégalais

Il s'agit d'enregistrements réalisés par les autorités militaires allemandes entre 1915 et 1918 dans le camp de 4000 prisonniers musulmans à Wünsdorf, près de Berlin. 70 langues différentes sont représentées dans ces 200 enregistrements.

Ces enregistrements sonores sont accessibles dans l’exposition ‘’Échos du passé’’, présentée au Musée des civilisations noires (MCN) de Dakar. Cette exposition, ouverte depuis le 21 mai, durera jusqu'au vendredi 21 juin 2024.

Pour en savoir plus :

https://www.seneplus.com/culture/des-enregistrements-audios-danciens-soldats-senegalais-restitues

https://www.seneplus.com/culture/exposition-sonore-consacree-aux-tirailleurs-senegalais-de-la

Vestige de la guerre mondiale: l’Allemagne restitue des archives sonores d’anciens combattants Sénégalais - Senegal7

Au Sénégal, des archives sonores de plus d'un siècle commencent à révéler leurs secrets | APAnews - Agence de Presse Africaine

Friday, May 17, 2024

Festival de Cannes 2024 : le film « Camp de Thiaroye » sera projeté 36 ans après avoir été interdit en France à sa sortie en 1988.

Le film raconte le massacre au camp militaire de Thiaroye (près de Dakar) de tirailleurs sénégalais durant l'année 1944. 


Monday, May 06, 2024

 L'association Serigne Fallou FALL organise un

HOMMAGE AUX TIRAILLEURS

le 8 mai 2024 :




Le Groupe de recherche ACHAC, avec le soutien de la DILCRAH et de l’ANCT et en partenariat avec l'ONaCVG, propose de prêter les supports d'une nouvelle exposition qu'il a conçu :

Étrangers & soldats coloniaux dans l’armée française

En 2024, la France célèbre trois dates clefs de l’histoire militaire récente : le 110e anniversaire du début de la Grande Guerre (1914), le 80e anniversaire de la Libération (1944) et le 70e anniversaire de la fin de la présence française en Indochine et du début de la guerre d’Algérie (1954), date charnière des guerres de décolonisations. Dans ce contexte, cette exposition retrace l’histoire des étrangers et des soldats coloniaux ayant servi dans l’armée française, depuis le début du XIXe siècle et tout au long du XXe siècle, dont les flux ont influencé l’histoire migratoire, ainsi que les enjeux de mémoire dans le présent.

Pour en savoir plus : Mémoires combattantes, les expositions | Groupe de recherche Achac

 

 a publié le 15 avril 2024 un article :

Sur la trace des combattants étrangers tombés dans le maquis du Vercors

En juillet 1944, l’armée allemande lance une violente offensive pour démanteler le maquis du Vercors. Parmi les résistants, de nombreux étrangers participent à ces combats. Historiens et passionnés tentent de retrouver les traces de l’incroyable parcours de ces hommes nés de l'autre côté de la Méditerranée et qui ont marqué l’histoire de la Résistance sur les plateaux du Vercors.

...

Friday, March 29, 2024

Combattre loin de chez soi

 L'empire colonial français dans la Grande Guerre


Du 6 avril au 30 décembre 2024, le musée accueillera une exposition sur l’empire colonial français dans la Grande Guerre.

Cette exposition du musée de la Grande Guerre proposera d’expliquer la portée et les particularités de la participation de l’Empire colonial français au premier conflit mondial dans les multiples registres de l’engagement, des conséquences et des héritages.

Elle entendra de faire connaitre et comprendre le rôle des hommes de l’Empire engagés dans la guerre en mettant en avant une histoire partagée.

L’exposition permettra de livrer à tous des clés de compréhension de l’histoire et des mémoires des anciennes colonies françaises pour les aider à mieux comprendre le monde contemporain.

Combattre loin de chez soi - Musée de la Grande Guerre - L'empire colonial français 14-18

Tuesday, March 19, 2024


« Écrire l’histoire de l’Afrique »     
Jeudi 30 juin 2022

Tirailleurs sénégalais, les colonies au service de la France (épisode 3/3 du podcast "Écrire l’histoire de l’Afrique")

Photo prise le 4 décembre 1939, elle montre des tirailleurs sénégalais à l'instruction dans un camp d'entraînement dans les colonies françaises en Afrique ©AFP - Photographe inconnu / ARCHIVES

Le décret du 21 juillet 1857 signé par Napoléon III marque la création du corps des tirailleurs sénégalais. Incités ou contraints de s'enrôler, quelle place occupaient-ils dans l'armée coloniale ? Comment retracer leur expérience quotidienne, tant sur le continent africain qu'européen ?

Avec
  • Anthony Guyon Historien, enseignant à Sciences Po Paris, spécialiste d'histoire militaire et des sociétés coloniales à l'époque contemporaine

Le 21 juillet 1857, l’empereur Napoléon III se trouve à Plombière, pour une cure. Ah, Plombière ! Les Vosges, les beaux paysages, la ville d’eau, et sa glace, avec des fruits confits et du kirsch. Il signe un décret : "Napoléon, par la grâce de Dieu et la volonté nationale, Empereur des Français, sur le rapport de notre Ministre Secrétaire d’État au Département de Marine et des Colonies, le Conseil d’Amirauté entendu, avons décrété et décrétons ce qui suit : il sera formé au Sénégal un corps d’infanterie indigène sous la dénomination de tirailleurs sénégalais. Ce corps, composé de quatre compagnies ayant chacune trois officiers, sera commandé par un chef de bataillon."

Qui sont les tirailleurs sénégalais ? Viennent-ils tous du Sénégal ? Quelle place occupent-ils dans les mémoires des pays africains ?

Qui sont les tirailleurs sénégalais ?

Créé en 1857 par un décret impérial, le corps des tirailleurs sénégalais recrute des combattants subsahariens pour faciliter l’implantation française en Afrique et participer à l’expansion de son empire colonial. Le terme "sénégalais" cache une toute autre réalité : les soldats sont originaires de diverses régions d’Afrique et parlent souvent des langues différentes.

"La spécificité des tirailleurs sénégalais, c'est que ce sont des fantassins à toutes les guerres. On estime que le tirailleur n'est pas assez habile, n'est pas assez intelligent pour passer à l'artillerie, on privilégie les Indochinois. Je crois que la spécificité des tirailleurs sénégalais, au-delà des ces deux termes qui ne recouvre pas la totalité de leur réalité, c'est vraiment qu'ils sont au cœur du combat, ils sont toujours dans les premières lignes", nous explique l'historien Anthony Guyon.

D’abord troupe d’appui ou d’appoint, le corps des tirailleurs sénégalais se transforme en force combattante à part entière, dont les soldats sont reconnaissables à leur chéchia rouge, emprunté aux tirailleurs algériens.

L'arrivée des tirailleurs sénégalais en France

Uniques soldats subsahariens à avoir combattu sur le sol européen lors des deux conflits mondiaux – les Britanniques et Allemands y étaient opposés – leur histoire est souvent relatée par le biais de grands événements sur les champs de bataille. Cependant, reconstruire l’histoire intime et banale des tirailleurs sénégalais permet de dresser le portrait des relations complexes qu’ont entretenues les territoires africains colonisés avec l’autorité métropolitaine.

"Au moment de la Première Guerre mondiale, les questions du recrutement se mettent en place, 200 000 tirailleurs sénégalais vont participer à plusieurs combats. On observe pendant la Première Guerre mondiale un distinguo entre les autres puissances européennes qui utilisent tous des troupes coloniales et les Français qui sont les seuls à amener en Europe des soldats noirs", explique encore Anthony Guyon.

"Pendant l'entre deux guerres,  8 à 12 000 hommes sont recrutés par an et on réfléchit un peu mieux à la formation. La formation militaire sera toujours assez médiocre. La formation intellectuelle est aussi présente. Il existe des cours de français et même des cours d'histoire. Ces cours donnent une certaine vision de l'Afrique : une Afrique pleine de ressources, inutilisées par les Africains à cause des guerres intestines.  Heureusement, les Français sont arrivés, ils ont mis fin aux guerres, ils ont aidé à exploiter les ressources. C'est la même chose avec l'instruction civique. On explique aux tirailleurs sénégalais que la France est une terre de liberté, d'égalité, alors qu'on ne le permet pas en Afrique. Il existe tous ces débats, dont sont parfaitement conscients les cadres de l'État major qui y réfléchissent. Jusqu'où doit-on enseigner les valeurs françaises avant que les tirailleurs sénégalais ne les retournent contre nous ? Et dès la Première Guerre mondiale, on a évidemment des Africains qui énoncent certaines contradictions", nous dit Anthony Guyon.

Dès lors, qu’en est-il de l'expérience quotidienne des tirailleurs sénégalais ? Quels liens ont-ils pu maintenir avec leur famille ? Comment ont-ils vécu le déracinement pendant les années de guerre en Europe et le retour au pays ? Quelle place occupent-ils aujourd’hui dans les mémoires des pays africains ?

Thursday, March 14, 2024

 Exposition photographique Les Tirailleurs de la Loire


En partenariat avec la mairie du 18e et l'ONaCVG, l’exposition photographique Les Tirailleurs de la Loire sera présentée dans le hall de la 

mairie du 18e, place Jules-Joffrin 75018 Paris

du 25/03/2024 au 30/03/2024. 

Inauguration de l'exposition le mardi 26/03 à 18 h par monsieur Éric Lejoindre, maire du 18e arrondissement. Intervention artistique d'Ali Wagué qui jouera de la flûte Tambin et procédera à une distribution de noix de Kola pour les adultes et de friandises pour les enfants.

Table ronde et rencontre le mercredi 27/03 à 18h30 sur la thématique :

 1940-1944, les tirailleurs africains : combattants, prisonniers et résistants.

La table ronde sera animée par madame Aïssata Seck (directrice de la Fondation pour la mémoire de l'esclavage, présidente de l'association pour la mémoire et l'histoire des tirailleurs sénégalais), avec comme participants monsieur Cheikh Sakho (historien), monsieur Martin Mourre (historien chercheur), monsieur Anthony Guyon (historien et enseignant) et monsieur Didier Lauret (concepteur du projet Les Tirailleurs de la Loire).


Le projet Les Tirailleurs de la Loire revisite la trace de la présence des troupes coloniales entre Blois et Gien durant la Seconde Guerre Mondiale. Des combats de 1940, de la détention dans les Fronstalags et les ArbeitKommandos jusqu’à la Libération en 1944, une exposition présente des photos inédites, des objets et des documents d’époque qui permettent de mieux redécouvrir cette histoire oubliée.
À l'appui de cette exposition, un site internet est mis à disposition pour les enseignant(e)s des collèges et des lycées. Des ressources et des fiches pédagogiques sont proposées, permettant d’intégrer cette histoire dans leurs enseignements. Ce portail, accessible librement après inscription, offre également des informations pour les partenaires du projet :

Lieu d'exposition suivant :
Du 12/08/2024 au 24/08/2024
Orléans (45)
Exposition photographique – Maisons des Associations